Plongée avec les Requins

Espèce de requin rare redécouverte après 50 ans : le sailback houndshark

Redécouvert après 50 ans : le requin chien à voile vit dans la baie d’Astrolabe en Papouasie-Nouvelle-Guinée – rare, localisé et gravement menacé par les prises accessoires.

Ronny K27 août 2025
Requin chien à voile redécouvert après 50 ans

Certaines espèces marines apparaissent une fois – puis disparaissent pendant des décennies. C’est le cas du requin chien à voile, un requin rare doté d’une nageoire dorsale exceptionnellement haute. Il a été décrit pour la première fois en 1973, lorsqu’une femelle enceinte fut capturée près de la rivière Gogol, dans la baie d’Astrolabe (Papouasie-Nouvelle-Guinée). Pendant cinquante ans, ce spécimen resta l’unique preuve de son existence.

Retour sur le site de découverte : des photos confirment une population survivante

En mars 2020, des chercheurs, en collaboration avec des pêcheurs locaux, ont découvert de nouveaux indices : plusieurs clichés montraient des requins à la nageoire dorsale remarquablement haute – cinq femelles, clairement identifiées comme le requin chien à voile longtemps disparu. Deux ans plus tard, un mâle a été documenté pour la première fois dans la même région. Cela confirme que l’espèce existe toujours – et qu’elle vit encore aujourd’hui dans les eaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Prise accessoire plutôt qu’espèce cible – et de faible valeur sur le marché

Des pêcheurs de la baie d’Astrolabe rapportent que l’espèce est parfois capturée comme prise accessoire, principalement lors de la pêche au « jewfish » destinée au lucratif commerce de vessies natatoires. La plupart des prises ont lieu entre mars et juillet, puis de nouveau pendant la saison sèche d’août à novembre. La chair a peu de valeur locale et les nageoires sont considérées comme de qualité médiocre pour le commerce des ailerons.

Aire de répartition extrêmement restreinte

Tous les relevés récents proviennent des environs de l’embouchure de la rivière Gogol. Le requin semble préférer les zones plus profondes du plateau continental étroit – où il entre en contact avec les petits pêcheurs. La forte concentration d’observations dans la baie d’Astrolabe indique un micro-endémisme, c’est-à-dire une répartition très limitée.

Certains chercheurs soupçonnent que l’espèce était autrefois plus répandue – peut-être au-delà de la Papouasie-Nouvelle-Guinée jusqu’en Indonésie. Aujourd’hui, il ne subsisterait qu’« une dernière petite population résiduelle », explique le chercheur spécialisé dans les requins David Ebert.

Menaces : surpêche et pression sur l’habitat

Comme pour de nombreux requins et raies, la surpêche et la perte d’habitat figurent parmi les plus grands risques. Même sans pêche ciblée, les prises accessoires régulières peuvent rapidement menacer une espèce à faible effectif – en particulier lorsque son aire de répartition est si restreinte.

Valeur scientifique et prochaines étapes

Le requin chien à voile constitue une lignée évolutive indépendante au sein des triakidés et présente donc un grand intérêt scientifique. Deux spécimens conservés se trouvent à l’Université de Papouasie-Nouvelle-Guinée ; avec des partenaires en Australie et en Floride, des analyses ADN doivent fournir une base génétique pour un suivi futur.

« Ces travaux établissent une base génétique et contribuent à élaborer des stratégies de conservation », explique Jack Sagumai, auteur principal de l’étude.

Symbole de protection et de coopération

La redécouverte après un demi-siècle apporte de l’espoir – mais aussi un avertissement. Une espèce aussi rare et localisée peut disparaître sans être remarquée. La science, les mesures de protection et les savoirs des communautés locales doivent agir ensemble pour transformer une redécouverte insolite en protection durable. L’étude a été publiée dans le Journal of Fish Biology.

Sources

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