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Plongée avec les requins

Ce qui rassemble les requins pèlerins : nourriture et attraction sociale

Un modèle irlandais reproduit mieux les rassemblements de requins pèlerins en combinant quête de nourriture et attraction sociale. Les données restent incomplètes.

Ronny K31. octobre 2026
Requin pèlerin Cetorhinus maximus vu d'en haut dans la mer au large des Îles Anglo-Normandes

Les requins pèlerins ne se rassemblent pas uniquement là où la nourriture abonde. Une nouvelle étude de modélisation menée en Irlande suggère que l’attraction pour les congénères y contribue également. La combinaison de ces deux facteurs reproduisait mieux les rassemblements observés que la recherche de nourriture, l’attraction sociale ou les déplacements aléatoires pris séparément.

L’équipe de Chelsea Gray a étudié les déplacements autour de la péninsule d’Inishowen, dans le comté de Donegal. Publié le 1er octobre 2026, l’article décrit un premier modèle individu-centré du requin pèlerin : dans l’ordinateur, chaque animal simulé se déplace selon des règles définies. Leurs décisions font émerger des schémas de répartition à plus grande échelle.

Quatre explications comparées

Les chercheurs ont comparé quatre variantes. Dans l’une, les requins recherchaient uniquement de la nourriture ; dans une deuxième, d’autres requins. Une troisième associait les deux comportements, tandis qu’une quatrième faisait se déplacer les animaux au hasard. Les observations transmises par le public à l’Irish Basking Shark Group et à l’Irish Whale and Dolphin Group entre 1982 et 2018 servaient de référence.

La région modélisée comptait 458 signalements, dont 210 concernaient au moins deux animaux. La simulation se limitait à la période d’avril à octobre et aux dix premiers mètres de la colonne d’eau. Ces limites reflètent le fait que les personnes signalent surtout les requins visibles en surface. Elles ne décrivent pas l’ensemble de l’habitat de l’espèce.

Nourriture et attraction pour les congénères agissent ensemble

Dans l’ensemble, le modèle combiné correspondait le mieux aux tendances temporelles et aux tailles des groupes dans les données d’observation. La seule recherche de nourriture produisait aussi des rassemblements, mais reproduisait moins bien les schémas observés. L’attraction sociale sans signaux environnementaux communs et les déplacements aléatoires donnaient des résultats particulièrement peu réalistes.

Ces travaux confortent donc l’idée qu’il faut considérer conjointement la disponibilité de nourriture et les interactions sociales. Ils ne prouvent toutefois ni l’existence d’amitiés entre certains animaux, ni que chaque groupe se forme pour se reproduire. Les requins simulés ne différaient ni par l’âge, ni par le sexe, ni par la taille.

De nombreuses lacunes limitent la portée des résultats

Le zooplancton constitue une source importante d’incertitude. Le jeu de données utilisé ne comportait pas d’échantillons pour 79 % des jours étudiés ; les valeurs intermédiaires ont été complétées par calcul. La répartition de la nourriture à petite échelle n’avait pas non plus été mesurée directement. Dans le modèle, elle était redistribuée chaque jour.

En outre, les observations volontaires ne sont pas des recensements de population réalisés de manière systématique. Un plus grand nombre de signalements peut aussi signifier que davantage de personnes observent les animaux ou transmettent plus facilement leurs observations. La seule fréquence des signalements ne permet donc pas de déduire une évolution fiable des effectifs.

Un outil de recherche, pas encore une carte prédictive

Le modèle vise à expliquer des processus possibles. Il ne peut actuellement pas prédire de façon fiable où un groupe se réunira demain. De meilleures données sur la nourriture et le comportement pourraient, à terme, aider à identifier plus précisément les zones temporairement importantes et à prendre en compte les risques liés au trafic maritime.

Deux perspectives permettent de situer ces résultats : notre article sur les rassemblements dans la baie de Donegal décrit des observations côtières concrètes. Les recherches sur les requins pèlerins en eaux profondes montrent, quant à elles, quelle part de leur vie se déroule sous la surface visible. Le nouveau modèle complète ces travaux en offrant un outil pour tester des explications du comportement.

Sources

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