Un jeune grand requin blanc dans l’aquarium d’un café : les images venues de Gyeongju, en Corée du Sud, semblaient d’abord si improbables que des internautes ont même débattu de leur authenticité ou d’une possible génération par IA. Le point essentiel est désormais clair : le cas était réel et, selon les médias coréens, le requin est de retour en mer.
Le Korea Herald a rapporté que le grand requin blanc était gardé dans l’aquarium d’un café franchisé à Gyeongju, dans la province du Gyeongsang du Nord, et qu’il avait été relâché plus tôt que prévu après l’attention du public. Le rapport a aussi été diffusé via le compte X du journal.
L’édition anglaise d’Asiae situe plus précisément l’endroit : il s’agissait d’une succursale Twosome Place au port de Gampo, à Gyeongju, connue pour un grand aquarium au sous-sol. Des photos et vidéos montraient le jeune requin au milieu de nombreux autres poissons.
Du marché aux poissons au bassin du café
Selon l’explication du café, le requin n’était pas destiné à devenir une attraction permanente. L’animal aurait été découvert sur un marché de poissons vivants près du port de Gampo; l’exploitant dit l’avoir recueilli par compassion et l’avoir gardé provisoirement. Le plan initial, selon cette version, était de le relâcher avant qu’il ne grandisse.
Cette séquence rend le cas plus complexe qu’une simple histoire d’indignation. Si le requin a réellement été retiré vivant d’un marché aux poissons, le premier réflexe de le sauver de l’abattage peut se comprendre. En même temps, l’aquarium d’un café n’est pas un lieu adapté pour un grand requin blanc, même jeune et même pour une transition.
Selon le Korea Herald, l’animal mesurait environ 1,5 mètre et aurait été pris au marché le 30 mai. Asiae indique que le relâcher a été avancé en raison de l’attention soudaine et a eu lieu le 2 juin.
Pourquoi les grands requins blancs fonctionnent presque jamais en aquarium
Les grands requins blancs (Carcharodon carcharias) sont de grands prédateurs très mobiles qui auraient besoin d’un espace immense, d’une qualité d’eau stable et de soins extrêmement sensibles. L’histoire des aquariums publics montre depuis des décennies à quel point une détention longue est difficile, voire impossible. Même de grandes installations ont échoué à plusieurs reprises à maintenir des grands requins blancs en bonne santé sur la durée.
Asiae rappelle dans ce contexte le cas de l’aquarium Churaumi d’Okinawa, où un grand requin blanc est mort en 2016 après seulement quelques jours. De tels exemples expliquent pourquoi les photos de Gyeongju ont suscité si rapidement l’inquiétude : un jeune animal peut survivre brièvement dans un bassin, mais cela ne dit presque rien sur le caractère biologiquement acceptable de cette détention.
La discussion dans des fils Reddit et sur le forum ZooChat ne relevait donc pas seulement de l’indignation. De nombreux messages portaient sur des questions concrètes : comment un grand requin blanc a-t-il pu se retrouver dans un café, l’animal montrait-il des signes visibles de stress, et qui aurait pu intervenir légalement en Corée du Sud ?
La faille de protection en Corée du Sud
Le cœur de l’histoire tient moins au café lui-même qu’à la réglementation. Le grand requin blanc est sous pression à l’échelle internationale, il est classé comme vulnérable sur la Liste rouge mondiale de l’UICN et son commerce international est encadré par l’Annexe II de la CITES. Pourtant, selon les rapports coréens cités, l’espèce ne figure pas parmi les espèces marines protégées du ministère sud-coréen des Océans et de la Pêche.
Autrement dit : le statut international de conservation est bien visible, mais dans ce cas précis les règles nationales concernant la capture, la vente ou la détention semblaient manquer de clarté. ZooChat a également résumé des informations en coréen selon lesquelles seules quelques espèces de requins bénéficient explicitement d’une protection marine en Corée du Sud. Ces lacunes prennent plus de poids lorsque le réchauffement des mers peut amener plus souvent de grands requins et raies rares vers les eaux côtières.
Pour le bien-être animal, c’est le point décisif. Lorsqu’un animal protégé ou menacé apparaît d’abord sur un marché puis se retrouve de façon improvisée dans un bassin privé, le problème ne commence pas avec la visite du café. Il commence là où personne n’est clairement chargé d’évaluer, de stabiliser ou de relâcher rapidement et correctement un animal vivant de cette nature.
Sauvetage ou mauvaise étape intermédiaire ?
L’explication du café reste donc ambivalente. Il est positif que le requin ne soit pas resté durablement dans le bassin. Il est aussi possible que son retrait du marché ait finalement rendu son relâcher possible. Mais cette étape montre précisément pourquoi de tels cas ne devraient pas dépendre de la bonne volonté d’exploitants individuels.
Un grand requin blanc n’est pas un objet d’exposition, ni une attraction virale de café, ni un animal que l’on peut simplement stocker brièvement sans accompagnement spécialisé. Si un jeune apparaît vivant dans une vente ou sur un marché aux poissons, il faut des voies de signalement claires, des autorités compétentes, des vétérinaires qualifiés et un protocole qui décide rapidement entre relâcher et prise en charge d’urgence humaine.
Le reportage de MBC News sur YouTube a également traité le cas comme un sujet viral. Cette large attention pourrait finalement être l’élément le plus important : non seulement un relâcher individuel, mais davantage de pression pour revoir les listes de protection et les responsabilités concernant les grands requins et les raies dans les eaux coréennes.
Ce qui reste du cas
Pour le jeune grand requin blanc, la meilleure nouvelle est simplement qu’il ne nage plus dans l’aquarium du café. On ne peut pas juger de l’extérieur avec certitude s’il a bien supporté cette brève captivité. Pour le débat public, le message reste clair : les animaux marins rares et menacés ne devraient pas devoir devenir visibles sur les réseaux sociaux avant que les autorités, les exploitants et le public sachent quoi faire.
Le cas de Gyeongju n’est donc pas une curiosité à la marge de l’histoire des requins. C’est une leçon sur la rapidité avec laquelle un animal sauvage peut se retrouver pris entre pêche, commerce, valeur d’exposition et intention de sauvetage. La vraie protection commence là où cette chaîne n’a plus besoin d’être improvisée.


