Plongée avec les requins

Nouvel élan dans l’océan Indien occidental : ce que changent les règles de Madagascar et Zanzibar pour les requins

Madagascar et Zanzibar ont annoncé à la conférence Our Ocean de Mombasa de nouvelles protections nationales pour les requins et les raies. Le requin longimane, le requin-baleine, les requins-marteaux et les requins-renards sont particulièrement concernés.

Sharky22. juin 2026
Voilier au large de Madagascar au coucher du soleil

Madagascar et Zanzibar ont annoncé à la conférence Our Ocean de Mombasa de nouvelles protections nationales pour les requins et les raies. Pour l’océan Indien occidental, ce n’est pas une simple note diplomatique : la région relie des habitats importants, la pêche côtière, le commerce international et un tourisme marin en pleine croissance.

Selon la Wildlife Conservation Society, Madagascar prévoit d’accorder une protection nationale complète à 14 espèces de requins et de raies dans le cadre de son Wild Fauna Decree. Sont notamment cités le requin longimane (Carcharhinus longimanus), en danger critique d’extinction, les requins-baleines (Rhincodon typus) et les raies mantas.

Zanzibar a annoncé de son côté l’extension de la protection complète dans ses eaux côtières à 34 espèces. Cela comprend des requins-marteaux, des requins-renards et la raie-guitare endémique de Zanzibar. Les annonces ont été faites lors d’un événement parallèle de la conférence, avec le soutien du Shark Conservation Fund, des gouvernements du Kenya, de la Tanzanie et de Madagascar, ainsi que de WCS.

Pourquoi les règles nationales comptent maintenant

Les accords internationaux sont importants pour les requins, mais ils ne suffisent pas. La CITES peut encadrer le commerce transfrontalier des ailerons, des plaques branchiales ou de la viande. Mais la décision de capturer, débarquer, vendre ou relâcher un animal dans les eaux côtières dépend au quotidien des lois nationales, des contrôles de pêche et de leur application locale.

C’est ce qui rend cette étape politiquement intéressante. Madagascar et Zanzibar transposent une dynamique internationale de conservation dans le droit national. Pour des espèces soumises aux prises accessoires, à la pêche ciblée et au commerce des ailerons, ce passage de la promesse de conférence à des règles concrètes peut être le maillon le plus important de toute la chaîne de protection.

La conférence Our Ocean 2026 s’est tenue à Mombasa du 16 au 18 juin. Première conférence Our Ocean organisée sur le sol africain, elle a mis l’accent sur les communautés côtières, la biodiversité, la pêche et la protection marine en Afrique de l’Est.

Quelles espèces de requins sont au centre

La situation est particulièrement nette pour le requin longimane. L’espèce vit loin au large, mais elle est souvent capturée par les palangres et les pêcheries thonières, et elle a été fortement touchée pendant des décennies par le commerce international des ailerons. Lorsqu’un pays protège complètement cette espèce au niveau national, l’enjeu n’est pas un récif particulier, mais les règles de la pêche pélagique, des débarquements et du commerce.

Les requins-baleines sont à la fois un symbole de protection et un facteur économique dans l’océan Indien occidental. Dans des régions comme Madagascar, le Mozambique et la Tanzanie, ils jouent un rôle visible dans le tourisme marin responsable. Une protection complète aide les animaux eux-mêmes et donne aussi plus de sécurité aux communautés et aux opérateurs pour qui les grands animaux vivants doivent rester plus précieux que morts.

Les requins-marteaux et les requins-renards montrent une autre facette du problème. Ces groupes comprennent des espèces à reproduction lente, très vulnérables aux prises accessoires et parfois très recherchées dans le commerce des ailerons. Le fait que Zanzibar étende explicitement la protection à ces groupes rend la mesure particulièrement importante pour la pêche côtière et les contrôles.

Ce que cela signifie pour le tourisme requins

Pour les plongeurs, l’océan Indien occidental n’est pas seulement une carte d’aires protégées, mais un habitat connecté. Requins-baleines, requins de récif, requins-marteaux, raies et autres grands poissons franchissent les frontières politiques. Le tourisme peut en bénéficier lorsque les pays suivent la même idée de base : les requins et les raies vivants ont une valeur écologique et économique.

De bonnes règles de protection ne remplacent toutefois pas une bonne gestion sur l’eau. Tout dépendra de la présence de listes d’espèces claires, d’obligations de déclaration, de règles sur les prises accessoires, de contrôles dans les ports et d’alternatives réalistes pour les pêcheurs concernés. Sans application, la protection complète reste un signal fort, mais pas encore une protection efficace des populations.

Un signal régional

WCS inscrit ces annonces dans une évolution plus large : il y a encore quelques années, le commerce mondial de nombreuses espèces de requins et de raies était à peine réglementé. Aujourd’hui, beaucoup plus d’espèces sont couvertes au niveau international, et les États commencent à intégrer ces obligations dans des listes nationales de protection, des règles de pêche et la planification des aires protégées.

Pour Madagascar et Zanzibar, c’est aussi un signal envoyé à la région. L’océan Indien occidental conserve de vraies chances de maintenir des populations fonctionnelles de requins et de raies, mais seulement si la politique de conservation ne s’arrête pas aux déclarations d’intention. Les règles annoncées sont donc un début important. Le prochain test commence dans les ports, sur les bateaux et dans les administrations qui devront transformer les promesses de protection en pratique quotidienne.

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