Trois zones côtières des îles Caïmans ont été reconnues comme des habitats importants pour les requins et les raies. Comme l’a annoncé le ministère de l’Environnement des îles Caïmans le 20 octobre, Queen’s Highway et Gun Bay, au large de Grand Cayman, ainsi que Bloody Bay, au large de Little Cayman, ont été intégrées à l’atlas régional ISRA. Cette reconnaissance repose sur des rassemblements régulièrement observés de requins de récif des Caraïbes, une espèce classée En danger.
La reconnaissance par le projet ISRA du Groupe de spécialistes des requins de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN s’appuie largement sur les observations de plongeurs de loisir. Plus de 57 000 plongées documentées entre 2017 et 2025 ont fourni les données. Elles montrent comment des observations recueillies sur de nombreuses années peuvent contribuer à l’évaluation des habitats des requins.
Trois petites zones où les requins se rassemblent régulièrement
Les fiches officielles décrivent des zones précisément délimitées, jusqu’à 30 mètres de profondeur. La reconnaissance ne concerne donc pas indistinctement l’ensemble des côtes des deux îles.
Queen’s Highway se situe au large de la côte nord-est de Grand Cayman et couvre 0,41 kilomètre carré. Des requins de récif ont été observés lors de 37,4 % des 3 027 plongées enregistrées sur place. Les observations s’étalent sur toute l’année, avec jusqu’à cinq animaux réunis au cours d’une plongée. La fiche de la zone décrit des récifs coralliens, des substrats rocheux coralliens et des fonds sableux.
Gun Bay, au large de la côte sud-est de Grand Cayman, est légèrement plus petite, avec 0,38 kilomètre carré. Des requins de récif des Caraïbes y ont été signalés lors de 42,3 % des 4 354 plongées enregistrées. Les plus grands groupes observés comptaient jusqu’à 15 animaux. Selon la fiche de Gun Bay, les observations étaient les plus fréquentes en juillet et août. Des indices d’accouplement et de gestation possible soulèvent aussi la question du rôle de la zone dans la reproduction.
Bloody Bay, sur la côte nord de Little Cayman, couvre 0,79 kilomètre carré et chevauche le parc marin Bloody Bay existant. Des requins de récif ont été observés lors de 14,3 % des 4 951 plongées enregistrées, en groupes pouvant atteindre six animaux. La fiche de Bloody Bay documente également de très jeunes requins : un individu considéré comme nouveau-né en janvier 2020 et un jeune de l’année en juin 2025.
Ce que montrent les observations et ce qui reste à comprendre
Les pourcentages correspondent aux plongées enregistrées au cours desquelles des requins ont été vus. Ils ne comptabilisent pas des individus distincts et ne représentent pas une fraction de la population totale. La présence répétée d’animaux dans une petite zone intéresse les scientifiques, sans encore expliquer complètement pourquoi ils s’y regroupent.
Les trois zones ont été reconnues selon les critères relatifs aux espèces menacées et aux rassemblements dont la fonction reste indéterminée. Les fiches préconisent des recherches supplémentaires sur le rôle de ces regroupements. La présence de jeunes ou de possibles traces d’accouplement ne suffit donc pas à établir que ces trois zones sont des nurseries confirmées.
Les carnets de plongée complètent les recherches ciblées
Les observations ont été recueillies dans le cadre du Sharklogger Network, un programme de science participative coordonné par le ministère de l’Environnement. Ce réseau figurait déjà parmi les travaux des îles Caïmans présentés à Sharks International 2026. La nouvelle reconnaissance des zones illustre désormais un usage concret de cette collecte de données à long terme.
En parallèle, l’équipe de recherche locale étudie la reproduction des requins de récif à l’aide d’autres technologies. Une balise d’alerte de mise bas déjà déployée doit transmettre le moment et le lieu d’une naissance. Ce projet distinct ne remplace pas les observations en plongée, mais peut aider à répondre aux questions qu’une rencontre sur le récif laisse ouvertes.
Une base scientifique pour les décisions de conservation
La désignation Important Shark and Ray Area ne crée pas à elle seule de nouvelles protections juridiques. Elle identifie des priorités étayées scientifiquement, qui peuvent orienter la planification de l’espace marin, les mesures de conservation et les recherches futures. Le choix des mesures concrètes relève d’une décision distincte des autorités compétentes.

